La recherche
La recherche en science infirmière

Etre davantage à l’écoute
Un projet à dimension internationale est actuellement mené sur le site châtelois de l’Hôpital fribourgeois. Des spécialistes en sciences infirmières forment le personnel soignant à une théorie centrée sur le choix du patient et de sa famille. Publication des résultats en 2010.
S’ouvrir aux expériences vécues par les personnes hospitalisées et à leurs choix: le cœur du projet actuellement mené à Châtel-Saint-Denis (Claude Haymoz)
Assis dans son fauteuil, un patient veut s’installer sur son lit. Tel individu souhaitera bénéficier de l’aide d’une infirmière pour se sentir sécurisé, alors que tel autre préférera se débrouiller seul. Voilà un exemple de choix que le personnel soignant du site châtelois de l’Hôpital fribourgeois (HFR) s’efforce de respecter, depuis que l’établissement sert de laboratoire à un projet de recherche à dimension internationale.
Thème du programme fribourgo-genevois (lire encadré): l’application – au sein de l’unité de soins palliatifs – d’une prise en charge plus soucieuse de la qualité de vie et davantage centrée sur le patient et sa famille. En clair, le personnel soignant, plus à l’écoute, ne présuppose pas les besoins des patients. Au contraire, il s’ouvre aux expériences vécues par les personnes hospitalisées et à leurs choix. Avec, pour conséquence, une plus-value des soins infirmiers dans leur ensemble. Et même de tous les corps de métier en relation avec les patients, du médecin au cuisinier en passant par le physiothérapeute.
Depuis l’automne dernier, une équipe de spécialistes en sciences infirmières – dont la responsable du projet, Françoise Maillard Strüby, professeure à la Haute Ecole de soins de Genève, et Eliane Schenevey Perroulaz, qui enseigne à celle de Fribourg – viennent tous les mardis former le personnel de l’établissement veveysan à la théorie de l’humain en devenir. «Il s’agit d’une des écoles de pensée de la discipline infirmière», explique le Canadien Thomas Doucet, docteur en sciences infirmières à l’Université d’York, à Toronto, associé au projet.
"Travail de cocréation"
«Ce courant implique de considérer la personne comme étant un tout indivisible, poursuit-il. A la différence du système de santé traditionnel, où les patients sont partagés entre les aspects biologique, psychologique ou encore social, l’expérience de la vie et de la santé du patient est primordiale. En quoi pense-t-il que nous puissions lui être utile?» Dans cette philosophie de soins, la personne hospitalisée devient donc l’experte et n’est pas vue comme un problème à résoudre, souligne Françoise Maillard Strüby.
«C’est un travail de cocréation entre la personne et l’équipe chargée des soins, observe Marie-Flore Ernoux, infirmière-cheffe de l’unité des soins palliatifs de l’HFR Châtel-Saint-Denis. L’organisation de la journée peut donc changer.»
La responsable évoque le cas de Mme C., qui s’était sentie mourir, entourée des siens. Aujourd’hui, cette patiente aime se souvenir de ce moment avec les infirmières. «Parce qu’elle avait vu que, son heure venue, des êtres qui l’aiment étaient présents. Depuis lors, elle choisit de dormir la nuit par tranche de deux heures. Je ne vais pas lui donner un somnifère! Je dois honorer son choix.»
Depuis le démarrage de ce projet, Marie-Flore Ernoux a d’ailleurs constaté que la notion de respect du patient revenait beaucoup plus dans les discussions. «Le personnel soignant ne se contente plus de dire: “Voici les causes, voici les faits”, remarque Thomas Doucet. Ça va plus loin, car les patients sont imprévisibles et toujours changeants.»
Une première nationale
La recherche en soins infirmiers est une science en plein développement à travers le monde. La première étude date du milieu des années 1990, au Canada. Des recherches ont déjà été menées dans des domaines aussi divers que l’oncologie, la cardiologie, l’orthopédie et la psychiatrie. Première nationale, le projet actuellement mené à l’HFR Châtel-Saint-Denis est le huitième du genre au niveau mondial.
Il est né d’une collaboration entre la Haute Ecole de santé de Fribourg, celle de Genève, la société Aquilance, l’Institut des sciences infirmières et humaines, l’Université de Webster, à Genève et, bien sûr, l’Hôpital fribourgeois, grâce au feu vert du directeur des soins, Rodolphe Rouillon. Le processus actuel de formation se terminera en juin.
Par la suite, les données récoltées seront analysées et les premiers résultats de la recherche présentés lors d’un congrès international d’Aquilance sur les soins palliatifs (le 7 octobre à Fribourg et les 8 et 9 octobre à Genève). Les résultats finals seront publiés vraisemblablement en 2010 dans la revue de référence Nursing Science Quarterly, ainsi que dans des publications européenne et suisse.
Alexandre Brodard
24 février 2009